Contexte
La truite de rivière (Salmo trutta), espèce à forte valeur halieutique et patrimoniale, réalise des déplacements parfois importants au cours de son cycle de vie. Lors de la période de reproduction, elle quitte son territoire et migre vers l’amont à la recherche de petits cours d’eau qu’elle utilise comme frayère. En cela, elle peut être un bon indicateur du bon fonctionnement de chacun des compartiments de l’hydrosystème et surtout de la connectivité entre ces différents compartiments. La préservation des espèces migratrices comme la truite ne peut aboutir qu’en maintenant ou en rétablissant la connectivité longitudinale des cours d’eau. C’est pourquoi le maintien en l’état de ces obstacles semble a priori incompatible avec les objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau.
Toutefois, si la conservation de la biodiversité passe par la sauvegarde des espèces et de leurs habitats, elle doit aussi se concevoir à d’autres niveaux d’organisation biologique. Ainsi, la diversité génétique au sein d’une population ne doit pas être négligée. C’est particulièrement vrai dans le cas d’une espèce qui, comme la truite, fait l’objet de nombreuses introductions dans le milieu naturel. Les programmes de rempoissonnement impliquent l’introduction de génotypes non indigènes à faible potentiel adaptatif dans les populations sauvages. C’est pourquoi ils peuvent conduire à une diminution de l'adaptabilité (fitness) des populations et perte de différenciation génétique entre populations (perte de biodiversité).
Il a été montré que, dans certains cas, les obstacles à la libre circulation des poissons peuvent contribuer à préserver certaines populations de l’introgression domestique. A l’inverse, ils peuvent être responsables de dérive génétique ou de consanguinité, particulièrement lorsque la population isolée présente un effectif faible. Les travaux de restauration peuvent donc avoir un impact (positif ou négatif) sur la génétique des populations. Le projet MigraSûre vise la restauration de la continuité écologique dans le bassin de la Sûre. En se basant sur un diagnostic génétique des populations de truites, la levée d’obstacles a lieu de manière dirigée pour favoriser les truites autochtones sans constituer un risque génétique pour ces populations.
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